
Bonjour,
Ce matin, je suis allée au bureau de police de mon quartier afin d'y déposer plainte suite au cambriolage de mon magasin survenu ce week-end. J'y suis évidemment allée « en femme », puisque je vis et travaille comme ça 24 heures sur 24 depuis des années. Et je me suis évidemment annoncée comme « Mme Schneider » à l'agent de l'Accueil.
Après quelques minutes d'attente, l'agent qui allait enregistrer ma plainte est donc venu chercher la Mme Schneider que je suis, et je l'ai suivi dans son bureau. Commence donc la saisine de la plainte, et l'agent me demande si je peux lui présenter une pièce d'identité afin qu'il en recopie mes coordonnées. Bien sûr que je peux, je lui donne ma carte de séjour fraîchement refaite, et vu que tous mes papiers sont « masculins » sans aucune modification de nom ni d'état civil, je lui dis ce faisant que je suis « monsieur » pour l'état civil bien que je sois « madame » dans la vraie vie. Ce à quoi il me répond avec un gentil sourire que ça n'a aucune importance et que ça ne lui pose aucun problème. On continue donc la saisie de la plainte, pendant laquelle il me lit à haute voix, et me fait lire en même temps sur son moniteur, ce qu'il saisit sur son ordinateur, afin d'être sûr qu'il ne se trompe en rien. Ainsi de suite pendant 10 ou 15 minutes.
A la fin du formulaire de saisine figure la phrase « Après lecture faite personnellement l'intéressé(e) persiste et signe avec nous le présent », phrase qu'il faut ensuite signer sur l'exemplaire imprimé de la plainte. Arrivé à cette phrase, l'agent la lit, sourit et me dit « Je vais laisser "intéressé(e)", ça correspond mieux à votre cas » (souvenez-vous que je figure partout en tant que « Monsieur Schneider » dans cette plainte et que l'agent aurait donc été obligé d'y mettre "intéressé") ... Je lui dis « Merci, c'est gentil ! » avec un grand sourire comme je sais les faire :o), et nous voilà partis dans une petite conversation autour des transgenre, pendant laquelle il me dit que c'est tout à fait normal pour lui de m'accepter telle que je suis, à quoi je lui réponds en expliquant que nous transgenre (et moi en particulier bicoz STS ...) sommes hélas très bien placé(e)s pour savoir qu'en France, nous n'avons pas tant de problèmes que ça avec les gens, mais plutôt avec les autorités de l'État. Et lui de me répondre qu'il s'en doute bien vue la politique répressive envers les minorités en vigueur en haut lieu et qui est largement tributaire de groupes de pression discriminatoires religieux et autres .... Je me dis alors en mon for intérieur que voilà un policier tout sauf obtus, clairvoyant, et qui a le courage d'affirmer haut et fort ses opinions personnelles, opinions passablement contraires à celles de son employeur en haut de la hiérarchie ! Et je me dis « Respect, chapeau ! », avec un grand sourire autant intérieur qu'extérieur ...
Vient ensuite la cerise sur le gâteau : Il s'avère que cet agent a travaillé régulièrement dans le quartier où se situe mon magasin (qui existe depuis bientôt 17 ans), et que nous nous découvrons plein de connaissances communes dans le quartier : anciens voisins commerçants, tapineuses amies de longue date (c'est un quartier « chaud » et haut en couleurs mais très agréable à vivre) ... Nous passons bien 10 minutes à nous raconter les potins du quartier et à déterrer de vieux souvenirs ... Et à la fin, on est quasi amis.
Il me fait signer les papiers, va les tamponner du sceau officiel à l'Accueil, papote encore 5 minutes sur tel de mes voisins dont il n'a plus de nouvelles, en ressortant quelques souvenirs sympas, et finit par me dire avec un grand sourire parfaitement sincère, amical et solidaire « Au revoir madame, et bonne continuation ! », sur quoi je lui réponds, avec un sourire similaire, « Merci, de même ! », en échangeant une franche poignée de mains cordiale, et je m'en vais ma plainte sous le bras, enchantée de cette rencontre sympathique tout à fait inattendue ... Comme quoi les « flics de quartier » ne sont pas forcément (et plutôt rarement, je n'ai fait que de bonnes expériences avec eux, bien que celle-ci soit particulièrement positive) des gens renfrognées, obtus et méfiants envers nous, comme on veut souvent nous le faire croire (ses collègues à l'Accueil étaient d'ailleurs tout à fait relax et charmants aussi).
Je dirais qu'aussi longtemps qu'il existe des fonctionnaires dépositaires de la force publique aussi lucides, tolérants et ouverts d'esprit, il reste de l'espoir dans ce pays ... Comme on dit en anglais : « this made my day » (ça m'a mise de bonne humeur pour la journée) ....
Je suis une vieille routarde endurcie à toutes les péripéties « hard » de la vie, mais cet épisode m'a mis du baume au cur.
Bises,
Cornelia
Strasbourg, le 14/12/04.