
Tout d'abord au nom de notre droit à nous exprimer sur nous-mêmes !
Parce que qui, mieux que nous, peut rappeler à nos concitoyens que les clichés, représentations et images véhiculées par la société ainsi que par les médias ne nous correspondent pas et qu'aucun d'entre nous ne s'y reconnaît.
Parce que, malgré les prémisses de tolérance dont la société fait preuve envers les personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenre, beaucoup d'entre nous se sentent encore différents et beaucoup de nos concitoyens nous considèrent encore comme tels.
Au nom de nos diversités !
Que vous soyez jeune ou vieux, de partout ou d'ailleurs, en jogging ou en smoking, fils d'une tante ou simplement cousine, camionneuse ou bien tricoteuse, avocate ou pâtissier, à l'aise dans vos baskets ou dans vos talons aiguilles; que vous aimiez la bière en bouteille ou le Darjeeling en porcelaine, le cuir ou la dentelle, la techno ou la musette, les aristos ou les prolos ; bref, qui que nous soyons, c'est l'occasion de dire qui nous sommes. Des individus multiples, différents et en aucun cas réductibles à quelques images éculées.
Au nom de notre refus du seul ghetto que nous connaissions : le placard !
Oui le seul ghetto que nous connaissions c'est celui du placard ! Là est l'isolement, là est le véritable repli sur soi ! Nous en avons tous fait l'expérience. Nous savons qu'il est un espace de mensonge et de souffrance. En sortir, c'est bien nous ouvrir et nous intégrer pleinement, tels que nous sommes, dans la société dans laquelle nous vivons. FestiGays ce sera une occasion annuelle de le faire collectivement, avec fermeté, dignité et aussi un brin d'humour. Ensemble, sortons du placard !
Au nom de la lutte contre l'homophobie et la transphobie !
S'il est bien une seule chose que nous partageons tous, c'est l'homophobie et la transphobie que nous subissons. Oui l'homophobie et la transphobie existent ! Nous y sommes confronté(e)s régulièrement : tracasseries professionnelles, chantage, insultes ou insinuations, violences et agressions sont notre lot depuis trop longtemps. Et même si notre classe politique prend ce problème à la légère et n'ose pas légiférer, c'est exprimer avec véhémence notre refus de cette forme particulière de haine assimilable au racisme. C'est affirmer notre volonté de lutter contre toutes les discriminations et nous en appelons ici à toutes les organisations, qui au nom de ces principes défilent maintenant chaque année à Paris.
Et nous réaffirmons ici que l'organisation d'une « Marche de la Visibilité », gay-pride, marche LGBT ou quel que soient le nom que cette manifestation se donne, est bien un moyen approprié de répondre à cette haine. Comme le disait Roselyne Bachelot, députée, assaillie de lettres d'une homophobie sans nom, notre participation à cette marche sera notre "réponse à l'abjection".
Au nom des Droits de l'Homme !
Dans l'article 1er de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme est posée la base de tous les articles suivants, c'est à dire : "Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité." L'égalité en dignité et en droits s'applique à tout être humain. Parfait.
Maintenant, entrons dans le détail : L'article 2 explique que "Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation." Sans distinction aucune. Cet article indique des exemples de discriminations éventuelles sans indiquer les discriminations liées à l'orientation sexuelle, au genre ou à l'état de santé. Mais ne soyons pas tatillons, tout est dans le "notamment".
L'article 3 indique que "Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne." Ce qui implique qu'aucune discrimination ne saurait être tolérée.
Ne traînons pas et allons directement à l'article 13 qui dit que "Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays." Les personnes séropositives au VIH peuvent donc circuler sans être interdites de séjour du fait de leur état de santé. Ca devient intéressant. Continuons.
Article 16 : "À partir de l'âge nubile, l'homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution." Pour être tout à fait dans l'esprit du texte cet article devrait, comme l'article 2, comporter un "notamment". Heureusement, l'article premier est clair : "Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit." Ouf ! On peut donc, sans risquer de se tromper, en déduire que chaque être humain, qu'il soit homosexuel, bisexuel ou transgenre, a le droit de se marier, d'élever des enfants, d'avoir recours à la procréation médicalement assistée, à l'adoption etc ... Bien.
Article 22 : "Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l'effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l'organisation et des ressources de chaque pays." Ce qui précise qu'aucun humain ne saurait être empêché de jouir de ses droits économiques, sociaux ou culturels qu'il soit homosexuel, bisexuel ou transgenre. Naturellement, si on prend l'exemple des personnes ayant changé de sexe, l'administration leur offrira tous les renseignements utiles et toutes les facilités pour modifier leur état civil, puisqu'elles sont fondées "à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à [leur] dignité et au libre développement de [leur] personnalité". C'est un soulagement. Continuons…
Article 26 - alinéa 2 : "L'éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux..." L'éducation se doit donc d'offrir à tout être humain, en plus du reste, la meilleure compréhension des différentes façons de vivre sa vie sentimentale et sexuelle afin que chacun se reconnaisse dans l'éducation et dans l'environnement qu'on lui offre. C'est bien naturel, continuons...
L'article 28 indique que "Toute personne a droit à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration puissent y trouver plein effet." Ce qui veut dire, que les États sont garants des principes institués par ce texte. Il faut simplement compléter quelques lois qui sont encore discriminatoires et créer des articles de lois là où le vide juridique laisse le respect des droits fondamentaux à l'appréciation souveraine des tribunaux. Mais on est là dans le détail, continuons...
Article 29 - alinéa 2 : "Dans l'exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n'est soumis qu'aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d'assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d'autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l'ordre public et du bien-être général dans une société démocratique." Aucune de ces limitations ne pouvant être opposée aux personnes homosexuelles, bisexuelles, transgenre ou aux personnes séropositives au VIH, tous les articles de cette déclaration doivent les concerner entièrement.
Alors, me direz-vous, pourquoi ces gens descendent-ils régulièrement dans la rue alors que leurs libertés fondamentales sont garanties par leur Constitution ? C'est vrai ça, pourquoi ?
Peut-être parce que, en vrai, ça n'est pas le cas !
Au nom de la mémoire !
Parce que trop souvent dans l'histoire, les personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenre ont servi de boucs émissaires à des sociétés intolérantes, parce que la déportation des homosexuel(le)s, bisexuel(le)s et transgenre n'est toujours pas reconnue en France, parce que l'histoire de notre région est celle d'une annexion génératrice de souffrances, dont certaines n'ont pas encore été dites, nous nous souvenons. Ils ont été trop nombreux, tous ceux et toutes celles qui n'ont eu ni l'occasion de se défendre, ni la possibilité de résister...
Il est temps de relever la tête en rappelant sans cesse la violence que peut générer cette haine et en tirer les leçons collectivement.
Tout comme nous souhaitons ne pas oublier ceux qui nous ont quittés, victimes de l'épidémie de SIDA, ne pas oublier tous ces rires, ces visages, toutes ces vies qui nous hantent. Parce que le plaisir d'être ensemble est encore plus fort et plus vital quand on se souvient de tous ceux qui n'y sont plus.
Au nom de l'égalité des droits au niveau européen !
Parce que si les directives européennes et la future Constitution européenne dictent, comme un principe, l'égalité des droits de tous tout en rendant illégale toute forme de discriminations et notamment celles liées au genre et à l'orientation sentimentale et/ou sexuelle, force est de constater que les états membres ne considèrent, loin s'en faut, tous leurs citoyens comme égaux.
Aujourd'hui, pour un(e) homosexuel(le) mieux naître et vivre en Belgique, en Hollande ou en Suède qu'en France, en Italie ou en Espagne. Pourquoi ?
Qui, à part nous, peut rappeler aux états membres de l'Union Européenne que la question de l'égalité des droits et des discriminations est une question à traiter d'urgence ?
Pour tout cela, et bien d'autres raisons encore, rejoignez FestiGays !